05 juin 2007
PARIS SITCOM.
Alors voilà, on s'dit que c'est plus JAMAIS pour nous ces p'tits trucs au ventre, ces p'tites étoiles dans les yeux, ces p'tites attentions qui font qu'au fond vous aurez toujours envie de ça t'façon. On s'dit c'est toujours la même rengaine. Pour moi c'est fini, ces histoires là ça m'enchainent. Avec tous vos vieux flirts, vous avez des envies de meurtres. Mais lui... C'est marrant vous auriez imaginé ça tout autrement. Là c'est vraiment différent. Vous l'auriez vu en peut être moins romantique, moins idyllique, moins fantasmagorique. (Trop de rimes tuent les rimes). C'était tout simplement magique. Ni plan ni tactique. C'est agréablement surprise que vous vous laisser porter par le rythme de cette histoire naissante tout en essayant de rester méfiante. De fil en aiguille, vous le sentez votre petit coeur qui pour lui vascille. Vous le trouvez charmant, attirant, marrant, attachant, intelligent, séduisant (et ouais tout ça en même temps) et tout un tas d'autres qualificatifs délirants. Et évidement votre truc c'est pas le rentre dedans, alors même pour combler votre penchant, le mot d'ordre c'est "attend"... Mais il joue les patients, carrément pire, les distants. C'est pas plus mal, ça vous laisse du temps. Et puis y'a cette musique qu'il adore et que vous écoutez à deux, y a ces marches sans fin que vous aimeriez faire main dans la main, y'a ces discutions si longues qui vous paraissent si courtes. Vous vous demandez si c'est réciproque, s'installent alors les doutes. Serait-ce plus que de l'amitié ? On conjugue un verbe nouveau qu'utilisent les ados, tu l'connais c'est Kiffer. Avant j'l'avais jamais utilisé. En fait c'est kiffant. On se surprend à penser à lui trop souvent, à ne faire compter que le présent. Y'a vos ballades sur les Champs, ces journées qui ne durent pas assez longtemps. Y'a vos bancs et puis ce banc. Y'a ces blancs où vous aimeriez le prendre dans vos bras.
♪ A r'marcher sous la pluie cinq minutes avec toi et regarder la vie tant qu'y en a. ♪
En attendant y'a ces sourirs solitaires dans le métro grâce à ses textos. Y'a ce baiser que vous vous empêchez de lui faire. Vous ne voulez pas oser la première. Trop de moments tentants, et puis vous voulez tenter, oh et puis non pas maintenant. Caroline dans les écouteurs au Sacré Coeur. Piano de Mistral Gagnant sur le banc. La page neuve au d'ssus du fleuve c'est cette journée bizarre où vous trouvez très beaux ces yeux, cette journée au hazard que vous passez encore rien que tous les deux, cette journée bazar qui se finie en une soirée en amoureux sur ce pont Parisien qu'on appel Pont Neuf; et c'est avec ce baiser tant attendu au dessus de la Seine que... J't'avais pas dit qu'c'était toujours la même rengaine...?
...Que commencera une idylle Parisienne.
Piχelysée ®
Ecrit le 25 Mai 2007
Photo : Moi
Cache-Cache (Où es-tu?)
Voici une nouvelle que j'ai écrite pour le concours de nouvelles du Lycée... dites-moi ce que vous en pensez (via la section creaword du forum) ;)
Je me promène souvent dans le lycée, le mercredi après-midi. Les couloirs et les halls sont réduits à l'état de « no man's land ». Un désert froid, abandonné, et morne. Je suis assez solitaire... voire asocial. Plutôt que de rester chez moi ou de partir en ville avec mes potes, j'erre dans les couloirs... Je suis peut-être bizarre... de plus, depuis quelques temps, j'ai une obsession. Le genre d'obsession qui vous empêche d'avoir les idées claires, une obsession qui vous empêche de dormir. Cette obsession, c'est une fille. Je me suis déjà intéressé à des filles, qui se sont révélées finalement sans grand intérêt... mais pas de cette manière-là. Ni de cette intensité.
Mercredi dernier je me promène, perdu dans mes réflexions comme à mon habitude. Puis j'aperçois une forme noire dans un coin à côté de l'escalier. C'est une fille, recroquevillée sur elle-même. Son visage est caché par ses cheveux et ses genoux. Je reste debout un instant à la regarder. Elle demeure immobile, ne lève même pas la tête. Je ne sais pas combien de temps je me tiens comme un piquet, mais enfin je me décide à m'installer à côté de cette demoiselle. Je m'assois, replie mes genoux vers moi, croise mes mains, et regarde devant moi. C'était très étrange, car j'ai passé plus d'une heure assis par terre à côté d'elle, et ni l'un ni l'autre ne parlions. Au bout d'un petit peu plus d'une heure, comme je devais partir, je me suis levé, toujours silencieux. Je me suis retourné une fois, m'attendant à ce qu'elle se soit évaporée pendant que je lui tournais le dos. Et je n'ai pas arrêté de penser à elle, toute la soirée, ainsi que la partie de la nuit pendant laquelle je n'ai pas réussi à dormir. Le lendemain, je la cherchais inconsciemment des yeux, et je crus l'apercevoir une fois. Mais de toute façon, je n'aurais pas pu la reconnaître étant donné que je n'avais pas vu son visage.
Le mercredi suivant, ce fut la même chose, comme si nous répétions une danse organisée par quelqu'un dont nous n'avions pas conscience. J'arrivai à peu près à la même heure, repartis à peu près à la même heure, toujours le même endroit. Toujours aucune parole d'échangée. Et cela pendant plusieurs semaines (je ne me rappelle plus exactement combien). Mon quotidien était en quelque sorte sous sa régence : le mercredi je me trouvais à ses côtés sans comprendre pourquoi je faisais ça; les autres jours j'essayais de la retrouver... et je pensais sans cesse à elle. Vous comprendriez peut-être si je vous disais que c'était comme si j'étais tombé amoureux d'elle, mais se limiter à ça ne serait pas exact. Elle... comment dire... me hantait ? Oui, sûrement... Même si je n'avais d'elle que l'image du mercredi après-midi, une fille inconnue roulée en boule par terre, à côté de l'escalier. Le reste n'était que suppositions. Je ne pouvais plus penser avoir rêvé, je la voyais régulièrement, et bien que je ne l'ai jamais touchée je ressentais sa présence à mes côtés. Et elle, sentait-elle ma présence ? Me remarquait-elle ?
Cela faisait quelques mois que nos « rendez-vous » étaient établis. L'après-midi du mercredi se passa comme les autres. Sauf qu'au moment de partir, alors que je me dirigeais vers la porte, j'entendis distinctement un « merci ». Elle n'avait pourtant pas parlé fort, mais je l'avais entendue. Je me suis retourné, mais elle semblait n'avoir pas bougé, ni rien dit. J'hésitai une minute, puis partis sans un mot.
Décidément, cette fille était encore plus bizarre que moi. Je la cherchai partout, pratiquement tout le temps... Elle n'avait dit qu'un mot, « merci »... Elle aurait dû se demander qui j'étais, et pourquoi je venais ! Mais est-ce que je savais moi-même pourquoi je suis resté tous ces mercredis ? Je ne sais pas, ou plus, encore maintenant. Et je n'ai pas réussi à percevoir quoi que ce soit dans sa voix. Tristesse, reconnaissance, ou ironie ? Et de quoi me remerciait-elle ?
Le mercredi suivant, je ne la trouvais pas. J'attendis tout de même, sachant pourtant très bien que si elle n'était pas là avant que j'arrive, c'est qu'elle ne viendrait plus. Mais il ne coûte rien d'espérer un petit peu ? Et puis peut-être reviendrait-elle la semaine suivante ? La semaine suivante, elle ne revint pas. Et ne revint plus. Je détestais encore plus les vacances, qui ne me permettaient pas de venir au lycée. Je détestais encore plus les cours, qui ne me permettaient pas de m'asseoir à l'endroit où elle avait l'habitude de se tenir. Elle ne pouvait pas partir sans me dire autre chose qu'un merci ! Finalement, j'étais peut-être bien amoureux de cette fille... Non, ce n'est pas aussi simple ! Je déteste les intrigues sans solution ! Qui était cette fille ?
Je me livrais à une partie de cache-cache, cherchant dans tous les regards et dans toutes les attitudes quelque chose pouvant lui ressembler... A chaque fois, je faisais face à des fantômes, aucun ne ressemblant de près ou de loin à cette fille... Ca fait quatre ans que je la poursuis... J'ai souvent déménagé, j'ai essayé de rencontrer des gens susceptibles de la connaître...
Je ne l'ai toujours pas revue... Ça me fait un peu de peine, mais ça pourrait signifier qu'elle va bien... Maigre consolation... Elle continue à me hanter, à m'obséder... Et parfois j'enrage de ne plus pouvoir ne serait-ce que l'apercevoir... J'écris donc, pour lui dire que je ne l'oublie pas... Je te cherche sans cesse, je ne sais absolument pas où tu te trouves, mais je continue d'espérer... Je suis probablement fou... Après tout, est-ce que tu as vraiment existé ? Est-ce que tu existes ? Est-ce que je cours après une chimère ? T'ai-je imaginée ? Une compagne dans ma solitude, ou mon alter ego féminin sorti tout droit d'un état avancé de schizophrénie ? Une illusion pour un désillusionné ? Que tu existes ou non, tu me manques... Etrange, non ? J'ai peut-être une réponse à mes questions : tu te trouves dans ma tête ? Mais qui es-tu? Et où es-tu donc?
Voici l'un de mes textes ... un peu etrange aux premiers abords peut-être ...
FOI
Je constate que les hommes aiment leurs croyances.
Celles où le messie dans son désert en pleine errance
A la merci de celui dont il ne doute de l’existence,
Pris d’inertie, il prie l’Unique de lui accorder une dernière chance,
Mais le prix de voir ce qui jusque là ne fut que transparence est bien trop élevé
Et de se relever la force soudain lui prit
Lavé de ses péchés désormais il pense
Mais de préciser la toute puissance à omit :
Que ses bras, ses jambes à lui n’étaient plus
Que le sacrifice de soi était l’aboutissement de notre foi
Que croire sans voir était le but même de l’espèce humaine
Que de se soumettre au destin était permettre l’accès au divin
Que de vivre dans l’attente, une lassitude permanente, était un don symbolique celui du néant qui hante le genre humain
Désespéré, de lever haut les mains
De toujours attendre le signe révélateur, espérant atteindre celui du maître créateur
Le moteur du battement de nos cœurs, inspirateur de nos esprits
Pour sa gloire on construit
Edifices où l’on prie
Et c’est les genoux pliés, qu’à le supplier on en arrive
Espérant traverser la rive
Pour ainsi rejoindre l’éternel, l’élévation inconditionnel, la pureté de l‘infini ciel
Mais pouvoir seulement en rêve y goûter
Car une vie terrestre est à terminer
L’espoir il faut garder d’un jour pouvoir
Illumination future ou présente hallucination ?
Telle est ma question
Et c’est donc tout en prose, en mots servant ma cause, qu’entre vos mains mon interrogation repose.
06 juin 2007
MANQUE
En écoutant Pit Bacardi j'me dis qu'il à tout dit mais j'vais essayer de t'envoyer mes mots, j'espère qu'ils graviteront jusqu'à toi tout là haut. Là où tu reposes j'te confie mes poèmes, mes proses, ce soir enfin j'ose. Le rose qu'on nous propose comme dit Souchon, moi j'en ai ma dose...
Dois-je en vouloir à la vie ou à Dieu vu qu'c'est lui qui la propose et en dispose. On me dit que tu m'surveilles mais j'y crois pas, je ne te sens pas toutes ces nuits ou j'veille pendant que les autres font des rêves aux pays des merveilles. En plus de toi j'ai perdu le someil. Depuis que t'es partie tout est devenu plus dure, ta disparition m'a rendu plus mûre mais j'aurais voulu rester encore un peu cette petite femme immature. Eux vivent, elle vit, il vit, elle souris, il sourit, et moi je survis. Tous inscouciants, insconscients que cette vie est un cadeau et qu'un jour on finira là haut. Trop tôt s'est fait ton départ, et mes regrets bien trop tard. Plus que mon stylo pour pleurer, ma feuille pour m'écouter, je te cache comme un secret... trop lourd à dévoiler. J'aurais seulement voulu profiter d'un dernier regard, de ta part j'aurais seulement voulu un dernier mot. La perte d'un être cher t'façon, arrive toujours trop tôt. La mort jette son sort sans demander un commun accord. On veut tous rester le plus longtemps possible sur cette putain de terre. Mais compare l'esprit de survi de ceux qui vivent la misère et de ceux qui à prioris vivent mieux, loin des ces tristes frontières. Ces derniers cachent en eux une mélancolie loin d'être ephemère. Amère, oui, en voyant ces fleurs sur ta pierre. Ta pierre tombale. J'veux pas m'dire que c'était fatal car c'est toi qui l'a écrit, ce point final.
Ton absence à crée avec la vie et les autres une distance. Devenue encore plus solitaire, j'en veux à cette vie qui de jour en jour m'a trahit. Comme beaucoup, c'est en silence que je subis, pas besoin d'en parler, moi aussi en fait j'fais comme eux, et avec eux j'souris. Ceux qui m'ont accompagné, qui m'ont suivi. Mais j't'avous que même avec ça j'me détruis. Même si bien trop souvent absente, t'étais l'un des pilliers de ma vie. Chaque pas que je fais dans celle ci est juste un pas de plus vers toi... J'ai songé au chemin le plus court mais est-ce vraiment un raccourci ?
Sauf ceux qui le vivent, personne ne se doute à quel point on change après la perte d'un être cher. Si tu savais combien je regrette de n'avoir pas pû passer plus de temps avec elle, ma mère. C'est pas pour rien qu'elles riment avec repères. A present y'a entre nous cette barrière qu'on appelle le paradis ou bien l'enfer. Mais je te retrouverais avec les anges, j'y crois dure comme fer.
J'pourrais te dire que j'ai le cafard, que j'brois du noir, quand dans les mots je nois mon desespoir... Mais ces expressions toutes faites ne disent rien de c'que j'ai dans la tête. Ces nuits d'écriture m'ont rendu plus dure même si cette tristesse au fond perdure, j't'envois ces mots les plus pures...
Je t'aime Maman, sois en sûr.
Piχelysée ®
Ecrit le 27 Mai 2007
Retouché et fini le 28 Mai 2007
Photo : ...qu'elle avait prise de moi.
12 juin 2007
PLAISIRS
cette nouvelle était à l'origine pour le concours Zinc de livres.... Le problème est que même si j'avais une petite idée de ce que je voulais faire (des mini-nouvelles en une seule) je ne me suis mise à l'écrire que le 31 mai au soir, et il fallait envoyer la nouvelle le 1er juin dernier délai...
Plaisir quotidien
Je me lève, il fait beau. Cela me suffit amplement. Un papillon sur ma fenêtre. Le chant des oiseaux rythme le battement de ses ailes. Une journée magnifique en perspective !
_Elsa !
Je me retourne. C'est Amélie, ma meilleure amie et camarade de classe depuis le cours préparatoire. Nous sommes maintenant dans la même classe de cinquième. Et aujourd'hui...
_Tu viens chez moi alors pour fêter ton anniversaire ?
_Oui, pourquoi pas tout de suite après les cours ?
Je fête mon anniversaire avec elle tous les ans depuis le CP, et vice-versa. Et cela nous suffit, nous n'avons pas besoin de plus pour être heureuses. Sans vantardise de ma part, nous sommes pratiquement les seules filles de notre âge à nous contenter de chaque jour tel qu'il nous l'est donné. Notre professeur de Français nous a surnommées « Les Épicuriennes ». Ça sonne bien. On aime bien. Adjugé vendu !
_On jouera aux fléchettes ? Amélie me posait tout le temps cette question avant que j'aille chez elle mais elle connaissait la réponse :
_Tu vas encore perdre !
Et on faisait la course jusqu'au collège en rigolant comme des hystériques. Là, c'était moi qui perdait.
Plaisir malsain
Je me lève, il fait beau. Et alors ? Chaque journée est une journée de merde. Un papillon sur ma fenêtre. J'ai envie de lui arracher les ailes. Il n'a pas le droit d'être beau et de voler, moi je ne suis pas belle et je me casse toujours la gueule. Le chant des oiseaux m'énerve. C'est trop strident, je ne peux pas le supporter !
_Vos gueules, les piafs !
Le pot de colle les a manqués de peu. Dire qu'avant j'étais douée aux fléchettes...
_Elsa !
Ma mère. Je dois être méga en retard pour qu'elle crie comme ça... Eh merde...
Je n'ai jamais été bonne en course, et encore moins pour le sprint. Vite, vite, j'en peux plus... Salle D3. Ils sont déjà entrés.
_Bonjour, excusez-moi du retard...
Je bougonne plus que je parle. Vite, m'assoir, sortir mes affaires... Les cours de Français, c'est pas mal pour commencer la journée. Toujours mieux que l'espagnol de seize à dix-sept heures ce soir... Ô rage, Ô désespoir, Ô espagnol ennemi...
Tiens, l'épicurisme ! Des bons souvenirs ! Même si pour moi cet idéal a pris fin avec toi il y a trois ans...
Je ne suis pas sado-maso. Enfin peut-être un tout petit peu... Ça fait mal mais ça soulage... Marre de lui, marre de toi... Vous m'écoeurez, tous ! Je balance le couteau-suisse par terre, de rage, et m'effondre comme une gamine de douze ans sur le tapis. Comme il y a trois ans, au même endroit, à cause de la même personne...
Plaisir altruiste
Nous somme demain matin. Je suis avec elle et une de ses amies. On se raconte des blagues, on rigole, bref, le cliché parfait. Un mec du lycée vient nous aborder et nous pose la traditionnelle question à laquelle personne n'échappe durant sa scolarité : « Z'auriez pas une clope ? »
Trois hochements de tête négatifs. Le mec reste pourtant planté là, à nous dévisager. Soudain, il sort un pistolet, le braque sur moi, puis se détourne et l'abat. La sirène des pompiers retentit déjà, mais elle n'est pas habituelle...
Soulagement. Ce n'était qu'un cauchemard... J'ai beaucoup de mal à émerger, j'ai bien envie de me rendormir... Mon réveil indique 6:55. Dans 15 minutes, cela fera dix-sept ans qu'elle existe. Elle n'a aucune raison de mourir à cet âge...
_JOYEUX ANNIVERSAIRE, AMELIE !
_Merci, vous êtes tous trop mignons.
La professeur d'anglais nous a laissé champ libre pour cette heure-ci. Elle vient de temps en temps dans la salle pour vérifier qu'il n'y a aucun problème et déguster une part de gâteau ou un bonbon. C'est la fin de l'année, et elle nous fait confiance.
Je m'approche d'elle, le cadeau dans les mains, derrière mon dos.
_Main gauche ou main droite ?
_Je dirais les deux !
_Gagné !
Son sourire. Un plaisir. Je ne suis né que pour la rendre heureuse, et rayonnante. En contrepartie c'est elle mon rayon de soleil concentré. Mais je ne lui demande rien, elle me rend heureux par le simple fait de son existence...
Nous sommes dans la cour, en pleine discussion. Un mec se pointe, nous demande si on a pas une cigarette. Oh. Ça me rappelle vaguement quelque chose.
_Dégage !
Le mec me regarde, héberlué. Visiblement il ne s'attendait pas à une réaction de ce genre.
_Oh, reste cool, mec. Si t'es non fumeur tu le dis, c'est tout. Je vais pas vous agresser...
_Alors pourquoi tu portes un pistolet sur toi ?
_Quoi ?
Il sourit. Puis rigole franchement.
_Putain, t'as de trop bon yeux, ou alors t'as des détecteurs infra-rouges ! Mais stresse pas, hein, c'est qu'un pistolet à bille, et il est même pas chargé. Tiens, regarde.
Tout se repasse comme dans mon rêve, il sort le pistolet, me vise, puis la vise.
_Pan !
Je sursaute. Il se marra comme une baleine.
_Faut te calmer, je risquais rien, hein ! T'as bien vu qu'il disait vrai, hein, t'as bien vu ? Hé oh ! Tu rêves ?
Je me sens mal... J'ai vraiment cru que le pistolet était chargé, et pas avec des simples billes. Et moi je suis resté comme un con. Si ça avait été de vraies balles, elle y serait passée. Je n'aurais pas pu la protéger... Je me sens mal, la tête qui tourne...
Plaisir egoïste
Nous sommes vendredi soir. Je suis avec elles. On discute peu, on se regarde beaucoup, bref, on s'emmerde quand même un peu. Une nana arrive et nous demande ce que nous voulons boire.
_Un demi-pêche pour moi et des Monaco pour ces demoiselles. C'est moi qui invite les filles !
_Quel gentleman !
Moi, gentleman ? Avant peut-être. Maintenant c'est tout pour ma gueule. Je sais très bien que je repartirai avec l'une d'entre elle à la fin de la soirée, parce qu'elle ne se sentira pas bien et n'aura nulle part où aller. On finira la soirée chez moi, à boire de l'alcool si elle tient encore le coup, de l'eau et un Efferalgan si elle est complètement patraque. Dans 87% des cas, la nuit se passe dans mon lit. Je vous laisse imaginer les détails. Les 13% restants, ce sont des coma éthyliques (6%), ou des filles qui ont un couvre-feu à respecter (7%).
Nous sommes samedi matin. Personne n'a partagé mon lit avec moi cette nuit. Aux filles qui séjournent parfois chez moi, je leur raconte l'histoire du rêve. Et je leur dis :
_Tu sais, je crois que j'ai été dans une sorte d'état second à partir du moment où il a tiré. Je ne me souviens que de trucs flous. Je ne me suis réveillé de mon coma qu'il y a 2 ans. On m'a appris qu'elle était morte ce jour-là. Et je me demande si...
12 juillet 2007
Réminiscence (c'est quoi ce titre pourri ???)
Toujours le même rêve chaque nuit. Je suis assise dans une
pharmacie. Une mémé demande des bonbons au miel, et au comptoir d’à côté, un
homme me paye des Doliprane. Une mère et ses enfants attendent derrière lui.
Je ne comprends pas pourquoi je connais cet homme dans mon
rêve, ni pourquoi il m’achète des médicaments. Peut-être que je l’ai croisé
dans la rue alors que j’avais un mal de crâne, mais bon, pour une simple
douleur à la tête je n’allais pas demander à quelqu’un de m’acheter des médocs…
J’ai dormi trop longtemps. Il est vingt heures, et dans
trente minutes je dois être au St Georges.
Arf. Triple arf. Bon, ok, ce n’est pas Prince
Charming en personne qui m’invite, mais c’est tout comme.
En vingt minutes, un record pour moi, je suis prête.
Habillée, maquillée, parfumée, bref, prête pour tenir compagnie à l’homologue
de Prince Charming.
Huit minutes après avoir sauté dans ma 106 Kid, j’arrive
devant le St Georges, le voit, lui fait signe, me gare et le rejoins.
_Bonsoir, mademoiselle.
Je rougis et souris niaisement.
_Salut.
_Intérieur ou extérieur ?
_Extérieur, on sera plus tranquille et moins enfumés.
_Comme vous voudrez.
_Vous… tu peux me tutoyer.
Je suis lasse. On s’est enfilé bière sur bière… J’ai la tête
qui tourne…
_Je te raccompagne chez toi ?
_Non merci, j’ai une voiture.
_Ca tombe bien, c’est moi qui n’en ai pas.
_Du coup, c’est moi qui dois te raccompagner ? Ca
change du cliché habituel. Pourquoi pas ?
_Je vais payer l’addition, je reviens.
Il entre dans le bar. Il a les manies de quelqu’un que j’ai connu. Mais qui ? Cette façon de passer la main dans ses cheveux… Croiser ses pieds à table… C’était qui ?
_Je vais payer l’addition, je reviens.
Cette nana est troublante. Elle me rappelle vaguement
quelqu’un. Peut-être quelqu’un d’avant mon coma. Ces yeux que je suis sûr
d’avoir vu ailleurs. Peut-être une patiente ? Une camarade d’école ??
Comment s’appelle-t-
il déjà ? Alexis ?
Elsa ? Il y avait Elsa la fille de l’autre jour mais je
m’en serais souvenu, ça remonte à moins de deux semaines, et ses yeux n’étaient
pas si…
Alexis le fils des amis de ma mère ? Impossible, il doit avoir
sept ans ! Mais qui
alors ?
Aïe. Mal de tête… Heureusement que j’ai des Doliprane dans
mon sac. C’est moi qui me les suis achetés cette fois... Tiens, d’habitude je
ne prends pas de Doliprane… C’est absurde, je n’ai jamais pris de Doliprane à
la pharmacie. Pourtant dans mon rêve ce sont ces cachets que l’homme m’achète.
L’homme qui passe devant moi à cet instant… Oh non…
Oh non… Elsa. Comment ai-je pu…
_Bonjour, je viens voir Alexis et Amélie.
_Oui, bien sûr. Chambre 208.
_Merci.
L’infirmière me regarde jusqu’à ce que j’atteigne l’escalier
en affichant un sourire triste. Elle doit en voir tous les jours, mais rien à
faire, surtout quand ce genre d’ « accident » arrive à des
gosses.
Chambre 208. La porte est ouverte, j’entre sans faire de
bruit. Tous les deux dans la même chambre. Si Alexis en était conscient, il
s’en évanouirait. Je souris en les voyants si paisibles. Mais ça ne dure qu’un
temps. Je m’effondre en larmes et sur le fauteuil à côté du lit d’Amélie, dos à
la fenêtre. Pourquoi ? Pourquoi ?? Tout le monde s’est posé cette
question. Tout le monde se pose la question parce que personne ne veut
répondre. Ce serait trop cruel de s’en rendre compte, de regarder la réalité en
face…
Sur la table de chevet à l’opposé du fauteuil, du côté
d’Alexis cette fois, un bouquet de roses rouge avec une blanche au milieu. Un
post-it sur le bouquet annonce :
« Amélie,
Tous vos amis se joignent à moi pour espérer que vous nous
reviendrez vite. On s’inquiète tous beaucoup pour vous. Et n’oublie pas :
‘Dors, je veille sur toi’.
Je t’aime et je ne veux pas te perdre. »
La mère d’Amélie. Un amour, cette dame. Dire qu’elle arrive
à garder assez de gaité et de joie de vivre pour nous tous … Revenez-nous
vite, ‘y en a qui s’inquiètent ici.
Mes réflexions sont interrompues par l’infirmière que j’ai
croisée tout à l’heure.
_Mademoiselle, vous avez cinq minutes ?
_Oui ? Vous voulez que je vous aide ?
_Oh, non ce n’est pas ça… C’est à propos de vos amis… Je
sais que je suis tenue au secret professionnel et que vous l’apprendrez un jour
ou l’autre mais…
_Mais ? Que se passe-t-il s’il vous plaît ? Qu’y
a-t-il ?
_Eh bien, pour être franche avec vous…
Elle retient ses larmes, respire profondément, et
poursuit :
_Alexis est dans le coma… Quant à Amélie, il semble qu’elle
ait de plus en plus besoin de dormir, et chaque fois plus longtemps, elle a été
très affaiblie par les blessures, et on pense qu’elle n’en a plus pour
longtemps à vivre… D’ailleurs à votre départ je devrai les changer de chambre… Je…
suis désolée…
Je ne réalise pas. Je ne comprends rien. Je sais très bien ce que l’infirmière vient de me dire, mais je refuse de réagir. Mon esprit est confus…Mon corps ne peut même plus me supporter. Si j’avais été debout, je serais tombée sur le sol. Puis mon corps se met à bouger. Mes jambes et mes mains tremblent, et je sens des larmes couler le long de ma joue. Pourtant, ce n’est pas moi, c’est quelqu’un, dans une autre galaxie, à des années-lumière de cet endroit qui réagit à ma place, transformant la douleur psychique en douleur physique. Déjà, mes larmes deviennent des langues de feu qui me picotent la joue.
A l’exception près que ce ne sont pas des langues de feu.
C’est l’infirmière qui me donne des claques pour que je revienne à moi.
_Merci.
Je la regarde droit dans les yeux, laisse mon regard
s’attarder sur les lits (de mort) de
mes amis, puis me lève et quitte la
chambre (froide). Une fois dans le
couloir, je marche de plus en plus vite, au rythme des battements de mon cœur
qui eux aussi s’accélèrent. J’étouffe. J’ai l’impression de flotter.
Physiquement parlant. Les sons que je perçois sont atténués, plus sourds, comme
si je nageais dans du liquide amniotique (Maman,
si tu savais…) , et je dois fournir de gros efforts avant de pouvoir poser
ma main sur la porte de sortie.
_Au revoir, mademoiselle !
_Au revoir Amélie. Au revoir Alexis.
L’hôpital et la rue me semblent deux univers différents. J’ai la chair de poule dehors, alors que la météo avait prévu 20°C pour aujourd’hui. J’ai des sueurs froides, je ne sais pas où aller. Je ne vis qu’au présent. Malgré tous mes efforts je ne me rappelle pas ce que je viens de faire, ni où je devais aller.
… DONG ! DONG ! DONG !
La cloche de l’église. Onze heures. Tout me revient brusquement en tête, et en même temps les mots et les images me font revivre ces deux jours. J’ai mal au crâne. Les mains sur les tempes je tombe à genoux. Des passants me regardent, inquiets, et un homme qui doit avoir la quarantaine se penche vers moi et me demande si ça va.
J’articule un faible : « Z’avez du paracétamol ? »
Il me soulève par le bras, m’emmène à la pharmacie où il me fait assoir sur une chaise pendant qu’il achète une boîte de Doliprane. Mais je prend jamais de ça, d’habitude… toujours…
05 août 2007

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