05 juin 2007
Cache-Cache (Où es-tu?)
Voici une nouvelle que j'ai écrite pour le concours de nouvelles du Lycée... dites-moi ce que vous en pensez (via la section creaword du forum) ;)
Je me promène souvent dans le lycée, le mercredi après-midi. Les couloirs et les halls sont réduits à l'état de « no man's land ». Un désert froid, abandonné, et morne. Je suis assez solitaire... voire asocial. Plutôt que de rester chez moi ou de partir en ville avec mes potes, j'erre dans les couloirs... Je suis peut-être bizarre... de plus, depuis quelques temps, j'ai une obsession. Le genre d'obsession qui vous empêche d'avoir les idées claires, une obsession qui vous empêche de dormir. Cette obsession, c'est une fille. Je me suis déjà intéressé à des filles, qui se sont révélées finalement sans grand intérêt... mais pas de cette manière-là. Ni de cette intensité.
Mercredi dernier je me promène, perdu dans mes réflexions comme à mon habitude. Puis j'aperçois une forme noire dans un coin à côté de l'escalier. C'est une fille, recroquevillée sur elle-même. Son visage est caché par ses cheveux et ses genoux. Je reste debout un instant à la regarder. Elle demeure immobile, ne lève même pas la tête. Je ne sais pas combien de temps je me tiens comme un piquet, mais enfin je me décide à m'installer à côté de cette demoiselle. Je m'assois, replie mes genoux vers moi, croise mes mains, et regarde devant moi. C'était très étrange, car j'ai passé plus d'une heure assis par terre à côté d'elle, et ni l'un ni l'autre ne parlions. Au bout d'un petit peu plus d'une heure, comme je devais partir, je me suis levé, toujours silencieux. Je me suis retourné une fois, m'attendant à ce qu'elle se soit évaporée pendant que je lui tournais le dos. Et je n'ai pas arrêté de penser à elle, toute la soirée, ainsi que la partie de la nuit pendant laquelle je n'ai pas réussi à dormir. Le lendemain, je la cherchais inconsciemment des yeux, et je crus l'apercevoir une fois. Mais de toute façon, je n'aurais pas pu la reconnaître étant donné que je n'avais pas vu son visage.
Le mercredi suivant, ce fut la même chose, comme si nous répétions une danse organisée par quelqu'un dont nous n'avions pas conscience. J'arrivai à peu près à la même heure, repartis à peu près à la même heure, toujours le même endroit. Toujours aucune parole d'échangée. Et cela pendant plusieurs semaines (je ne me rappelle plus exactement combien). Mon quotidien était en quelque sorte sous sa régence : le mercredi je me trouvais à ses côtés sans comprendre pourquoi je faisais ça; les autres jours j'essayais de la retrouver... et je pensais sans cesse à elle. Vous comprendriez peut-être si je vous disais que c'était comme si j'étais tombé amoureux d'elle, mais se limiter à ça ne serait pas exact. Elle... comment dire... me hantait ? Oui, sûrement... Même si je n'avais d'elle que l'image du mercredi après-midi, une fille inconnue roulée en boule par terre, à côté de l'escalier. Le reste n'était que suppositions. Je ne pouvais plus penser avoir rêvé, je la voyais régulièrement, et bien que je ne l'ai jamais touchée je ressentais sa présence à mes côtés. Et elle, sentait-elle ma présence ? Me remarquait-elle ?
Cela faisait quelques mois que nos « rendez-vous » étaient établis. L'après-midi du mercredi se passa comme les autres. Sauf qu'au moment de partir, alors que je me dirigeais vers la porte, j'entendis distinctement un « merci ». Elle n'avait pourtant pas parlé fort, mais je l'avais entendue. Je me suis retourné, mais elle semblait n'avoir pas bougé, ni rien dit. J'hésitai une minute, puis partis sans un mot.
Décidément, cette fille était encore plus bizarre que moi. Je la cherchai partout, pratiquement tout le temps... Elle n'avait dit qu'un mot, « merci »... Elle aurait dû se demander qui j'étais, et pourquoi je venais ! Mais est-ce que je savais moi-même pourquoi je suis resté tous ces mercredis ? Je ne sais pas, ou plus, encore maintenant. Et je n'ai pas réussi à percevoir quoi que ce soit dans sa voix. Tristesse, reconnaissance, ou ironie ? Et de quoi me remerciait-elle ?
Le mercredi suivant, je ne la trouvais pas. J'attendis tout de même, sachant pourtant très bien que si elle n'était pas là avant que j'arrive, c'est qu'elle ne viendrait plus. Mais il ne coûte rien d'espérer un petit peu ? Et puis peut-être reviendrait-elle la semaine suivante ? La semaine suivante, elle ne revint pas. Et ne revint plus. Je détestais encore plus les vacances, qui ne me permettaient pas de venir au lycée. Je détestais encore plus les cours, qui ne me permettaient pas de m'asseoir à l'endroit où elle avait l'habitude de se tenir. Elle ne pouvait pas partir sans me dire autre chose qu'un merci ! Finalement, j'étais peut-être bien amoureux de cette fille... Non, ce n'est pas aussi simple ! Je déteste les intrigues sans solution ! Qui était cette fille ?
Je me livrais à une partie de cache-cache, cherchant dans tous les regards et dans toutes les attitudes quelque chose pouvant lui ressembler... A chaque fois, je faisais face à des fantômes, aucun ne ressemblant de près ou de loin à cette fille... Ca fait quatre ans que je la poursuis... J'ai souvent déménagé, j'ai essayé de rencontrer des gens susceptibles de la connaître...
Je ne l'ai toujours pas revue... Ça me fait un peu de peine, mais ça pourrait signifier qu'elle va bien... Maigre consolation... Elle continue à me hanter, à m'obséder... Et parfois j'enrage de ne plus pouvoir ne serait-ce que l'apercevoir... J'écris donc, pour lui dire que je ne l'oublie pas... Je te cherche sans cesse, je ne sais absolument pas où tu te trouves, mais je continue d'espérer... Je suis probablement fou... Après tout, est-ce que tu as vraiment existé ? Est-ce que tu existes ? Est-ce que je cours après une chimère ? T'ai-je imaginée ? Une compagne dans ma solitude, ou mon alter ego féminin sorti tout droit d'un état avancé de schizophrénie ? Une illusion pour un désillusionné ? Que tu existes ou non, tu me manques... Etrange, non ? J'ai peut-être une réponse à mes questions : tu te trouves dans ma tête ? Mais qui es-tu? Et où es-tu donc?
12 juin 2007
PLAISIRS
cette nouvelle était à l'origine pour le concours Zinc de livres.... Le problème est que même si j'avais une petite idée de ce que je voulais faire (des mini-nouvelles en une seule) je ne me suis mise à l'écrire que le 31 mai au soir, et il fallait envoyer la nouvelle le 1er juin dernier délai...
Plaisir quotidien
Je me lève, il fait beau. Cela me suffit amplement. Un papillon sur ma fenêtre. Le chant des oiseaux rythme le battement de ses ailes. Une journée magnifique en perspective !
_Elsa !
Je me retourne. C'est Amélie, ma meilleure amie et camarade de classe depuis le cours préparatoire. Nous sommes maintenant dans la même classe de cinquième. Et aujourd'hui...
_Tu viens chez moi alors pour fêter ton anniversaire ?
_Oui, pourquoi pas tout de suite après les cours ?
Je fête mon anniversaire avec elle tous les ans depuis le CP, et vice-versa. Et cela nous suffit, nous n'avons pas besoin de plus pour être heureuses. Sans vantardise de ma part, nous sommes pratiquement les seules filles de notre âge à nous contenter de chaque jour tel qu'il nous l'est donné. Notre professeur de Français nous a surnommées « Les Épicuriennes ». Ça sonne bien. On aime bien. Adjugé vendu !
_On jouera aux fléchettes ? Amélie me posait tout le temps cette question avant que j'aille chez elle mais elle connaissait la réponse :
_Tu vas encore perdre !
Et on faisait la course jusqu'au collège en rigolant comme des hystériques. Là, c'était moi qui perdait.
Plaisir malsain
Je me lève, il fait beau. Et alors ? Chaque journée est une journée de merde. Un papillon sur ma fenêtre. J'ai envie de lui arracher les ailes. Il n'a pas le droit d'être beau et de voler, moi je ne suis pas belle et je me casse toujours la gueule. Le chant des oiseaux m'énerve. C'est trop strident, je ne peux pas le supporter !
_Vos gueules, les piafs !
Le pot de colle les a manqués de peu. Dire qu'avant j'étais douée aux fléchettes...
_Elsa !
Ma mère. Je dois être méga en retard pour qu'elle crie comme ça... Eh merde...
Je n'ai jamais été bonne en course, et encore moins pour le sprint. Vite, vite, j'en peux plus... Salle D3. Ils sont déjà entrés.
_Bonjour, excusez-moi du retard...
Je bougonne plus que je parle. Vite, m'assoir, sortir mes affaires... Les cours de Français, c'est pas mal pour commencer la journée. Toujours mieux que l'espagnol de seize à dix-sept heures ce soir... Ô rage, Ô désespoir, Ô espagnol ennemi...
Tiens, l'épicurisme ! Des bons souvenirs ! Même si pour moi cet idéal a pris fin avec toi il y a trois ans...
Je ne suis pas sado-maso. Enfin peut-être un tout petit peu... Ça fait mal mais ça soulage... Marre de lui, marre de toi... Vous m'écoeurez, tous ! Je balance le couteau-suisse par terre, de rage, et m'effondre comme une gamine de douze ans sur le tapis. Comme il y a trois ans, au même endroit, à cause de la même personne...
Plaisir altruiste
Nous somme demain matin. Je suis avec elle et une de ses amies. On se raconte des blagues, on rigole, bref, le cliché parfait. Un mec du lycée vient nous aborder et nous pose la traditionnelle question à laquelle personne n'échappe durant sa scolarité : « Z'auriez pas une clope ? »
Trois hochements de tête négatifs. Le mec reste pourtant planté là, à nous dévisager. Soudain, il sort un pistolet, le braque sur moi, puis se détourne et l'abat. La sirène des pompiers retentit déjà, mais elle n'est pas habituelle...
Soulagement. Ce n'était qu'un cauchemard... J'ai beaucoup de mal à émerger, j'ai bien envie de me rendormir... Mon réveil indique 6:55. Dans 15 minutes, cela fera dix-sept ans qu'elle existe. Elle n'a aucune raison de mourir à cet âge...
_JOYEUX ANNIVERSAIRE, AMELIE !
_Merci, vous êtes tous trop mignons.
La professeur d'anglais nous a laissé champ libre pour cette heure-ci. Elle vient de temps en temps dans la salle pour vérifier qu'il n'y a aucun problème et déguster une part de gâteau ou un bonbon. C'est la fin de l'année, et elle nous fait confiance.
Je m'approche d'elle, le cadeau dans les mains, derrière mon dos.
_Main gauche ou main droite ?
_Je dirais les deux !
_Gagné !
Son sourire. Un plaisir. Je ne suis né que pour la rendre heureuse, et rayonnante. En contrepartie c'est elle mon rayon de soleil concentré. Mais je ne lui demande rien, elle me rend heureux par le simple fait de son existence...
Nous sommes dans la cour, en pleine discussion. Un mec se pointe, nous demande si on a pas une cigarette. Oh. Ça me rappelle vaguement quelque chose.
_Dégage !
Le mec me regarde, héberlué. Visiblement il ne s'attendait pas à une réaction de ce genre.
_Oh, reste cool, mec. Si t'es non fumeur tu le dis, c'est tout. Je vais pas vous agresser...
_Alors pourquoi tu portes un pistolet sur toi ?
_Quoi ?
Il sourit. Puis rigole franchement.
_Putain, t'as de trop bon yeux, ou alors t'as des détecteurs infra-rouges ! Mais stresse pas, hein, c'est qu'un pistolet à bille, et il est même pas chargé. Tiens, regarde.
Tout se repasse comme dans mon rêve, il sort le pistolet, me vise, puis la vise.
_Pan !
Je sursaute. Il se marra comme une baleine.
_Faut te calmer, je risquais rien, hein ! T'as bien vu qu'il disait vrai, hein, t'as bien vu ? Hé oh ! Tu rêves ?
Je me sens mal... J'ai vraiment cru que le pistolet était chargé, et pas avec des simples billes. Et moi je suis resté comme un con. Si ça avait été de vraies balles, elle y serait passée. Je n'aurais pas pu la protéger... Je me sens mal, la tête qui tourne...
Plaisir egoïste
Nous sommes vendredi soir. Je suis avec elles. On discute peu, on se regarde beaucoup, bref, on s'emmerde quand même un peu. Une nana arrive et nous demande ce que nous voulons boire.
_Un demi-pêche pour moi et des Monaco pour ces demoiselles. C'est moi qui invite les filles !
_Quel gentleman !
Moi, gentleman ? Avant peut-être. Maintenant c'est tout pour ma gueule. Je sais très bien que je repartirai avec l'une d'entre elle à la fin de la soirée, parce qu'elle ne se sentira pas bien et n'aura nulle part où aller. On finira la soirée chez moi, à boire de l'alcool si elle tient encore le coup, de l'eau et un Efferalgan si elle est complètement patraque. Dans 87% des cas, la nuit se passe dans mon lit. Je vous laisse imaginer les détails. Les 13% restants, ce sont des coma éthyliques (6%), ou des filles qui ont un couvre-feu à respecter (7%).
Nous sommes samedi matin. Personne n'a partagé mon lit avec moi cette nuit. Aux filles qui séjournent parfois chez moi, je leur raconte l'histoire du rêve. Et je leur dis :
_Tu sais, je crois que j'ai été dans une sorte d'état second à partir du moment où il a tiré. Je ne me souviens que de trucs flous. Je ne me suis réveillé de mon coma qu'il y a 2 ans. On m'a appris qu'elle était morte ce jour-là. Et je me demande si...
12 juillet 2007
Réminiscence (c'est quoi ce titre pourri ???)
Toujours le même rêve chaque nuit. Je suis assise dans une
pharmacie. Une mémé demande des bonbons au miel, et au comptoir d’à côté, un
homme me paye des Doliprane. Une mère et ses enfants attendent derrière lui.
Je ne comprends pas pourquoi je connais cet homme dans mon
rêve, ni pourquoi il m’achète des médicaments. Peut-être que je l’ai croisé
dans la rue alors que j’avais un mal de crâne, mais bon, pour une simple
douleur à la tête je n’allais pas demander à quelqu’un de m’acheter des médocs…
J’ai dormi trop longtemps. Il est vingt heures, et dans
trente minutes je dois être au St Georges.
Arf. Triple arf. Bon, ok, ce n’est pas Prince
Charming en personne qui m’invite, mais c’est tout comme.
En vingt minutes, un record pour moi, je suis prête.
Habillée, maquillée, parfumée, bref, prête pour tenir compagnie à l’homologue
de Prince Charming.
Huit minutes après avoir sauté dans ma 106 Kid, j’arrive
devant le St Georges, le voit, lui fait signe, me gare et le rejoins.
_Bonsoir, mademoiselle.
Je rougis et souris niaisement.
_Salut.
_Intérieur ou extérieur ?
_Extérieur, on sera plus tranquille et moins enfumés.
_Comme vous voudrez.
_Vous… tu peux me tutoyer.
Je suis lasse. On s’est enfilé bière sur bière… J’ai la tête
qui tourne…
_Je te raccompagne chez toi ?
_Non merci, j’ai une voiture.
_Ca tombe bien, c’est moi qui n’en ai pas.
_Du coup, c’est moi qui dois te raccompagner ? Ca
change du cliché habituel. Pourquoi pas ?
_Je vais payer l’addition, je reviens.
Il entre dans le bar. Il a les manies de quelqu’un que j’ai connu. Mais qui ? Cette façon de passer la main dans ses cheveux… Croiser ses pieds à table… C’était qui ?
_Je vais payer l’addition, je reviens.
Cette nana est troublante. Elle me rappelle vaguement
quelqu’un. Peut-être quelqu’un d’avant mon coma. Ces yeux que je suis sûr
d’avoir vu ailleurs. Peut-être une patiente ? Une camarade d’école ??
Comment s’appelle-t-
il déjà ? Alexis ?
Elsa ? Il y avait Elsa la fille de l’autre jour mais je
m’en serais souvenu, ça remonte à moins de deux semaines, et ses yeux n’étaient
pas si…
Alexis le fils des amis de ma mère ? Impossible, il doit avoir
sept ans ! Mais qui
alors ?
Aïe. Mal de tête… Heureusement que j’ai des Doliprane dans
mon sac. C’est moi qui me les suis achetés cette fois... Tiens, d’habitude je
ne prends pas de Doliprane… C’est absurde, je n’ai jamais pris de Doliprane à
la pharmacie. Pourtant dans mon rêve ce sont ces cachets que l’homme m’achète.
L’homme qui passe devant moi à cet instant… Oh non…
Oh non… Elsa. Comment ai-je pu…
_Bonjour, je viens voir Alexis et Amélie.
_Oui, bien sûr. Chambre 208.
_Merci.
L’infirmière me regarde jusqu’à ce que j’atteigne l’escalier
en affichant un sourire triste. Elle doit en voir tous les jours, mais rien à
faire, surtout quand ce genre d’ « accident » arrive à des
gosses.
Chambre 208. La porte est ouverte, j’entre sans faire de
bruit. Tous les deux dans la même chambre. Si Alexis en était conscient, il
s’en évanouirait. Je souris en les voyants si paisibles. Mais ça ne dure qu’un
temps. Je m’effondre en larmes et sur le fauteuil à côté du lit d’Amélie, dos à
la fenêtre. Pourquoi ? Pourquoi ?? Tout le monde s’est posé cette
question. Tout le monde se pose la question parce que personne ne veut
répondre. Ce serait trop cruel de s’en rendre compte, de regarder la réalité en
face…
Sur la table de chevet à l’opposé du fauteuil, du côté
d’Alexis cette fois, un bouquet de roses rouge avec une blanche au milieu. Un
post-it sur le bouquet annonce :
« Amélie,
Tous vos amis se joignent à moi pour espérer que vous nous
reviendrez vite. On s’inquiète tous beaucoup pour vous. Et n’oublie pas :
‘Dors, je veille sur toi’.
Je t’aime et je ne veux pas te perdre. »
La mère d’Amélie. Un amour, cette dame. Dire qu’elle arrive
à garder assez de gaité et de joie de vivre pour nous tous … Revenez-nous
vite, ‘y en a qui s’inquiètent ici.
Mes réflexions sont interrompues par l’infirmière que j’ai
croisée tout à l’heure.
_Mademoiselle, vous avez cinq minutes ?
_Oui ? Vous voulez que je vous aide ?
_Oh, non ce n’est pas ça… C’est à propos de vos amis… Je
sais que je suis tenue au secret professionnel et que vous l’apprendrez un jour
ou l’autre mais…
_Mais ? Que se passe-t-il s’il vous plaît ? Qu’y
a-t-il ?
_Eh bien, pour être franche avec vous…
Elle retient ses larmes, respire profondément, et
poursuit :
_Alexis est dans le coma… Quant à Amélie, il semble qu’elle
ait de plus en plus besoin de dormir, et chaque fois plus longtemps, elle a été
très affaiblie par les blessures, et on pense qu’elle n’en a plus pour
longtemps à vivre… D’ailleurs à votre départ je devrai les changer de chambre… Je…
suis désolée…
Je ne réalise pas. Je ne comprends rien. Je sais très bien ce que l’infirmière vient de me dire, mais je refuse de réagir. Mon esprit est confus…Mon corps ne peut même plus me supporter. Si j’avais été debout, je serais tombée sur le sol. Puis mon corps se met à bouger. Mes jambes et mes mains tremblent, et je sens des larmes couler le long de ma joue. Pourtant, ce n’est pas moi, c’est quelqu’un, dans une autre galaxie, à des années-lumière de cet endroit qui réagit à ma place, transformant la douleur psychique en douleur physique. Déjà, mes larmes deviennent des langues de feu qui me picotent la joue.
A l’exception près que ce ne sont pas des langues de feu.
C’est l’infirmière qui me donne des claques pour que je revienne à moi.
_Merci.
Je la regarde droit dans les yeux, laisse mon regard
s’attarder sur les lits (de mort) de
mes amis, puis me lève et quitte la
chambre (froide). Une fois dans le
couloir, je marche de plus en plus vite, au rythme des battements de mon cœur
qui eux aussi s’accélèrent. J’étouffe. J’ai l’impression de flotter.
Physiquement parlant. Les sons que je perçois sont atténués, plus sourds, comme
si je nageais dans du liquide amniotique (Maman,
si tu savais…) , et je dois fournir de gros efforts avant de pouvoir poser
ma main sur la porte de sortie.
_Au revoir, mademoiselle !
_Au revoir Amélie. Au revoir Alexis.
L’hôpital et la rue me semblent deux univers différents. J’ai la chair de poule dehors, alors que la météo avait prévu 20°C pour aujourd’hui. J’ai des sueurs froides, je ne sais pas où aller. Je ne vis qu’au présent. Malgré tous mes efforts je ne me rappelle pas ce que je viens de faire, ni où je devais aller.
… DONG ! DONG ! DONG !
La cloche de l’église. Onze heures. Tout me revient brusquement en tête, et en même temps les mots et les images me font revivre ces deux jours. J’ai mal au crâne. Les mains sur les tempes je tombe à genoux. Des passants me regardent, inquiets, et un homme qui doit avoir la quarantaine se penche vers moi et me demande si ça va.
J’articule un faible : « Z’avez du paracétamol ? »
Il me soulève par le bras, m’emmène à la pharmacie où il me fait assoir sur une chaise pendant qu’il achète une boîte de Doliprane. Mais je prend jamais de ça, d’habitude… toujours…
07 janvier 2008
euh... sans titre ^^'
Nouvelle pour le concours de mon lycée version 2008 :) Je compte la reprendre et l'approfondir plus tard, j'ai vraiment beaucoup d'idées à exploiter, des recherches à faire pour être plus précise au niveau des lieux... Ah oui, et je sais que la SPA en anglais c'est RSPCA, mais est-ce qu'on dit aussi ça aux states ?? Merci de m'éclairer :) Maintenant, just enjoy ;p
Il
regardait le ciel. Un admirable lever de soleil incendiait les gratte-ciels de Manhattan.
Il n’avait pas rencontré une seule voiture depuis qu’il marchait sur ce pont.
Etrange, mais il n’allait pas se plaindre de ça, au contraire. Il entendit une
bouteille de verre rouler sur l’asphalte. Il se retourna brusquement et vit
deux jeunes qui visiblement n’avaient pas complètement décuvé leur fiesta de la
veille.
- Hey,
Highlander ! Tu fais quoi à cette heure tout seul ? Tu sais que
tu devrais avoir peur du grand méchant loup ?
- Et
vous, vous n’avez pas peur ? Le regard brillant, il se passa la langue sur
les lèvres…
« Les corps de deux jeunes adolescents ont été
retrouvés sur le côté est de Brooklyn Bridge. Le médecin légiste appelé sur
l’enquête estime que les deux jeunes hommes seraient morts des suites de
blessures mortelles, certaines parties du corps ayant été sauvagement déchiquetées, et on suppose qu’elles
seraient le fait d’animaux sauvages ou
enragés – »
La
nouvelle fait fureur le lendemain. La police et la RSPCA recherchent dans leurs
dossiers tous les cas de rage recensés depuis
le début de l’année, et interrogent quelques vétérinaires des environs. Rapidement, les recherches tournent
court. Depuis l’initialisation du
nouveau vaccin contre la rage, les cas se font de plus en plus rares, et ceci
est d’autant plus vérifié pour New York, car c’est ici qu’a été élaboré le
vaccin. Les policiers se tournent alors vers les zoos et les cirques, mais ici
aussi, le résultat ne fait pas avancer l’enquête : aucun animal ne s’est
échappé durant les dix dernières années…
Le
médecin légiste appelé sur l’enquête, Sandra Becket, a le sommeil agité ces derniers temps. Cette histoire de
bête sauvage, aussi évidente soit-elle, est dure à avaler… il n’y a pas de
forêt aux alentours de New York… Elle dormait mal depuis qu’on avait fait appel
à elle, et les cauchemards se multipliaient… Elle avait pourtant plus de dix
ans de métiers, et elle avait passé le stade des cauchemards récurrents. Tout
au plus se réveillait-elle en sueur la nuit, en entendant des pas d’enfants… il
n’y a pas de bêtes sauvages à New York, impossible… Et un chien, dressé ou non,
ne cause pas de tels dommages, il aurait fallu que la bête soit affamée… Elle
avait déjà travaillé sur des cas plus ou moins semblables, et l’expérience lui
disait qu’un chien n’était pas en mesure de provoquer cela…
- Cabinet
du vétérinaire Parker, bonjour.
- C’est
Sandra. Puis-je parler à Marco ?
-Ne
quittez pas, je vous mets en communication sur sa ligne personnelle. C’est
urgent je suppose ?
- Assez,
oui…
Un
soupir se fit entendre au bout du fil.
- Evidemment,
cette histoire de bête sauvage fait froid dans le dos… et la presse… enfin,
inutile de vous dire à vous comment réagit la presse, j’imagine. Je vous passe
le vétérinaire tout de suite.
Le
vétérinaire Marco Parker était un scientifique très réputé, il connaissait son
métier à la perfection. Il avait abandonné ses études en zoologie, et en même
temps le titre de Professeur pour s’installer à New York et officier en tant
que simple vétérinaire pour animaux familiers. Il pouvait néanmoins se déplacer
afin d’étudier de nouvelles espèces, soigner des animaux sauvages dans les zoos
ou les réserves naturelles… Elle pourrait avoir confirmation de ses soupçons.
- Bonjour
Sandra
- Bonjour
Marco. Il y a quelque chose qui me perturbe sur cette affaire… Je voudrais que
tu viennes examiner le corps et que tu me dises ce que tu en penses. Je suppose
que tu connais déjà le verdict provisoire, mais j’aimerais ton avis s’il te plait.
Je ne t’en dis pas plus maintenant. Tu penses pouvoir venir quand ?
- Eh
bien, je n’ai pas beaucoup de visites en ce moment… je peux passer dans
l’après-midi ?
- Parfait.
Tu viendras par l’entrée des corps, un vigile sera là pour te guider. Mais ne
passe pas après dix-sept heures, j’ai
une conférence ce soir.
- Entendu.
A cet après-midi.
Une
faim monstrueuse lui tiraillait l’estomac. Il n’avait pas assez mangé la
dernière fois, l’organisme des deux humains était pollué par toutes les
substances qu’ils avaient ingurgitées. Il n’avait pas trouvé beaucoup de
nourriture comestible sur eux, et le lever du jour l’avait forcé à regagner un abri. Il devait se remettre en
chasse, et vite… Seul un animal peut vraiment comprendre ce qu’est la faim… Un animal… ne l’était-il pas à
moitié ? Il sourit, et la lune fit étinceler ses crocs.
Elle
n’arrivait toujours pas à dormir, et cela se comprenait parfaitement :
Marco venait de confirmer son intuition : aucun animal recensé ne pouvait
laisser de telles marques. Pas en ce qui concernait les empreintes de dents,
enfin ce qui était supposé les figurer. Et impossible de trouver des fibres
potables… Ces deux jeunes devaient vivre à la rue… Pas étonnant que l’on n’ait
pas signalé leur disparition… A moins d’un miracle, on ne parviendra pas à les
identifier…
-
La police nous envoie un nouveau corps. Nous pourrons peut-être l’identifier,
celui là, il est moins déchiqueté que ceux des deux autres…
- Merci
Rupert, soupira le docteur Becket.
- Vous
voulez mon avis, Sandra ?
- Dites
toujours…
- Vous
allez sûrement me prendre pour un malade ou un idiot, mais nous avons peut-être
affaire à un tueur… Un humain si vous préférez… qui aurait décidé de brouiller
les pistes en–
Elle
ne l’écoutait déjà plus. Elle savait qui elle aurait dû appeler en premier…
La
sonnette du magasin BB & Beyond Gunshop retentit. Le propriétaire,
un sexagénaire, sortit de l’arrière boutique afin de satisfaire son premier
client de la journée… Et pour cause, il venait d’ouvrir à peine cinq minutes
auparavant… Quand il s’aperçut que son client était une cliente, il fut
décontenancé.
- Bonjour
Madame. Excusez mon étonnement, mais une femme qui vient dans mon magasin à
seulement sept heures du matin c’est assez inhabituel…
- Et
de mauvais augure, j’en ai peur. Ce que je vais vous demander ne va sûrement
pas vous plaire, mais j’ai besoin de vous… C’est vous qui avez le plus
d’ancienneté dans le métier ici, si je ne m’abuse…
- Absolument
pas madame, même si ça ne signifie pas pour moi plus de bénéfices que les jeunots
des autres quartiers.
- Je
vous propose un rendez-vous à la morgue. J’ai besoin que vous m’aidiez à
examiner un corps.
Elle
préférait être directe. Elle savait qu’il accepterait, et si ce n’était pas le
cas, elle pouvait bien aller se faire voir ailleurs… Les « jeunots des
autres quartiers » n’auraient pas l’expérience suffisante pour l’aider à
identifier ce qu’elle voulait…
- Eh
bien, c’est un peu brutal pour moi, mais… si ça peut vous aider… Excusez-moi,
je suis un peu perturbé par ce que vous venez de me dire…
- Je
me doute qu’on ne vous fait pas ce genre de propositions tous les jours… Mais voudriez-vous
bien m’aider quand même ?
- Je
ferai mon possible, madame…
- Je
vais encore une fois être exigeante, mais… pensez-vous pouvoir m’accompagner
tout de suite ?
Il
réfléchit l’espace d’une demi-seconde, et se dit qu’il n’y avait rien à perdre.
Il ne l’avait jamais vue mais il se doutait que cette femme était Sandra
Becket, le médecin légiste de l’affaire des « corps déchiquetés »
comme il en parlait à sa femme. Et il savait très bien que la prochaine fois,
ses enfants et / ou ses petits-enfants pourraient bien être les victimes. S’il
pouvait être d’aucune aide…
- Tout
de suite madame, laissez-moi juste fermer l’arrière boutique.
- Vous
n’avez pas d’assistant ?
- On
n’est jamais mieux servi que par soi-même, madame.
-
Oh mon Dieu…
Sandra
se retourna anxieusement, un peu trop brutalement vers Larry Brown.
- Quelque
chose ne va pas, Monsieur Brown ?
- Ces
enfants ont été déchiquetés avec quelque chose qui pourrait bien ressembler à
une scie… Croyez-moi, si c’est vraiment le cas, ils ont souffert… paix à leurs
âmes.
Enfin
un repas digne de ce nom. Qui a dit que les cadres ne s’occupaient pas de leurs
corps ? Plonger ses crocs dans les muscles fermes et juteux était un vrai
plaisir. Un repas digne des dieux, après presque une semaine de jeûne. Et,
cerise sur le gâteau, il pourrait récupérer les bottes de sa victime. Les
siennes, à force de marche, étaient éculées et n’avaient quasiment plus de
semelles. Il se passa la langue sur les dents. Il n’était pas repus, loin s’en
faut, mais il ne devait pas trop manger d’un seul coup… Il était également
humain après tout, et manger autant après cette période de creux le ferait
certainement mourir. Après tout, il avait tout son temps ici. Pas âme qui vive.
Et certainement pas la sienne, il l’avait perdue il y a bien longtemps…
Une
scie ? Elle devait déjà être incurvée pour correspondre à la morsure… Son
esprit se bloquait… Ce ne pouvait être des crocs, l’émail des dents ne serait
pas assez puissant… Mais une scie ? La forme n’était pas… Dents-de-scie ?
On est à l’ère de l’amélioration du vaccin contre la rage, pas à celle des
robots… C’était un casse-tête à n’en plus finir… Ou alors son esprit se
bloquait-il pour la protéger…
Dents-de-scie ?
Mais qu’est-ce qui n’allait pas ?
Il
avait des sueurs froides depuis que cette femme l’avait « invité » à
la morgue. Des images s’inscrivaient dans son cerveau. Il s’imaginait une sorte
de bête, mi-homme mi-autre chose, penchée sur le corps des deux victimes (et
le nombre était passé à quatre maintenant…), un sourire maléfique sur ses
lèvres gorgées de sang.
-
Rupert, quel était votre avis sur la cause du décès des deux premiers corps que
nous avons reçus sur l’affaire ?
- Un
tueur, en série il me semble, vu que l’on en est à six victimes...
- Six ??
- On
nous a amené deux autres personnes cette nuit, à quelques heures d’intervalle
seulement, toutes deux de sexe masculin… je ne vous ai pas appelée, vous avez
besoin de sommeil, doc. Enfin, je parlais d’un tueur en série. Il brouillerait
les pistes en saccageant les corps, ou alors il les fait finir par des animaux…
chat, molosse, corbeau… du moment que ça ressemble à quelque chose d’animal…
- Dites-moi
Rupert, vous pensez quoi si je vous dis Dents-de-scie ?
- Au
requin de James Bond… Au requin tout court d’ailleurs. Vous pensez que nous
avons à faire à un psychopathe qui regarde trop la télé ?
- Votre
flegme m’impressionne, Rupert, je vous l’envie…
-
Tu as abîmé mon manteau.
Il
parlait d’une voix doucereuse, mais la jeune fille était terrorisée.
- Il
a coûté cher, tu sais ?
- Je
suis désolée, je ne voulais pas –
- J’ai
pour règle de ne pas m’attaquer à la gent féminine. Mais les règles sont faites
pour être bafouées, non ? Tu le sais aussi bien que moi, il me semble…
Sauf que tu n’aurais peut-être pas dû sortir de chez papa maman cette nuit…
- Mais
je ne voulais pas…
Il
s’emporta :
- Tu
as renversé de la bière sur mon manteau ! Il est irrécupérable
maintenant ! Tu ne dois pas te rendre compte à quel point c’est dur de
trouver les bonnes peaux ?! C’est du cuir spécial, petite conne !
Il
gifla la jeune fille avec violence, puis se radoucit.
- Je
me demande quel sort je vais te réserver, à toi…
-
Age : environ 17 ans. Sexe féminin. Pas de trace de viol. Elle a été
battue à mort, griffée aussi… Ses vêtements sont arrachés par endroits. Au
moins pour ce corps, on a été plus rapides que pour les autres…
- Sandra,
vous ne dormez plus de la nuit et ça se voit… Sortez, amusez-vous ou faites une
promenade au clair de lune… ça vous changera les idées, et ça vous fatiguera…
Même le Grand Méchant Loup ne pourra pas vous tenir éveillée.
- Très
drôle Rupert.
- Ne
soyez pas bougon, je vous invite au restaurant ce soir. Nous allons manger
italien, ça vous tente ?
- Bon
d’accord, soupira le docteur Becket. A quelle heure ?
- Vingt
heures devant l’Acapella. Désolée de
ne pouvoir vous y conduire moi-même, je n’ai qu’une modeste Harley Davidson…
- De
toute façon je comptais faire une petite promenade de santé avant de vous
rejoindre. Je me suis décidée à suivre vos conseils, Rupert.
- Une
promenade de santé dans les rues de New York ?
- C’est
toujours mieux que rien, non ?
Il
savait que des gens le cherchaient. Il n’était pas bête, il avait même lu le nom
des divers inspecteurs, médecin légiste, enquêteurs et autres petits jouets qui
ne savaient pas qui ils cherchaient réellement. Des bêtes sauvages… De simples
bêtes sauvages… Il aurait pu s’en sentir humilié, mais cela prouvait la bêtise
de ces pauvres humains de base… Il avait aussi vu la photo de ces personnes, et
il savait que la femme qui marchait toute seule le long de l’Hudson River Park
était Sandra Becket. Il pouvait presque faire sa biographie : anglaise de
quarante-cinq ans, elle exerçait ce métier
depuis plus ou moins dix ans. Les détails personnels ne le regardaient pas, il
avait passé cette rubrique inutile. Tout ce qu’il lui fallait était un nom, une
adresse, éventuellement une photo ; mais il n’avait plus envie de jouer à
chat, maintenant, c’était lassant. C’était bon au début, dans les autres
villes…
Je n’ai pas du tout l’air naturel. C’est une promenade,
bon sang ! Détends-toi…
Elle se sentait suivie, impossible de dire pourquoi... Soudain elle vit une
ombre se projeter dans les airs, et atterrir non loin de là où elle se
trouvait… Il faisait noir de ce côté de la rue, juste ce qu’il fallait pour
voir devant ses pieds, et ses peurs d’enfants lui revinrent…
Promenons-nous
dans les bois…
Non,
il n’y a pas de loup à New York…
tenta-t-elle de se raisonner
-
Bonsoir, docteur Becket. Auriez-vous un moment à me consacrer ?
Elle
sursauta. C’était juste un journaliste…
- Excusez-moi
mais je suis invitée à dîner, et il me reste un peu de chemin à faire, je ne
voudrais pas être en retard…
- Ce
ne sera pas long… J’avais envie de vous dire à quel point vous me décevez. Vous
ne faites pas avancer cette enquête, vous ne servez à rien, si j’ose dire.
L’affaire sera bientôt classée, et tout ce que l’on pourra dire… c’est que des
loups rôdent autour de Brooklyn, et même dans tout New York. Les gens vivront
dans la terreur tant que le coupable ne sera pas arrêté, vous sentez-vous
capable d’endosser la responsabilité de votre laxisme ?
- Je
ne vous comprends pas…
- A
moins que vous ne cachiez vos découvertes pour vous. Parlez. Dites tout ce que
vous savez…
Elle
se sentait attirée par les yeux de… l’homme ? Etait-ce vraiment un homme
qui se tenait devant elle ? Il en avait au moins l’apparence… Elle devait
parler, elle sentait que ce personnage avait pour le moins des informations intéressantes à lui fournir.
- Ce
serait un tueur en série. Le mobile ? Je n’ai pas encore trouvé… Mais
c’est probablement pour le plaisir que cette personne fait ça… Et… pour rendre
la tache difficile aux enquêteurs, il massacre les corps. Identification
presque impossible, on met le crime sur le dos de bêtes sauvages… Enfin, bon,
on est à New York, je ne sais pas combien de personnes le croiront, ni pendant
combien de temps…
- Et
si ce n’était pas pour le plaisir que cette personne s’en prend aux gens
qu’elle croise ? Il sourit, et elle découvrit avec horreur que la lumière
des réverbères voisins se reflétait dans ses dents. Elles étaient très
pointues, mais surtout, elles étaient faites de métal…
- Mais…
que vous est-il arrivé ?
- Mes
dents ? Oh, ce n’est rien… Ça ne fait pas trop mal, même s’il faut un
temps d’adaptation… C’est plus pratique pour manger… Je vous disais, avant que
vous m’interrompiez… ce n’est pas pour le plaisir… c’est pour se nourrir… Vous
comprenez, je suis mi-homme, mi-loup. Vous croyez aux loups-garous ?
- Je
crois surtout que vous êtes un malade mental ! cria-t-elle avec dégoût.
Elle n’avait même plus peur de cet individu, aussi dangereux soit-il. Elle
repensait à toutes ses victimes, toutes jeunes… Et qui n’avaient rien demandé… Elle
était dans un état de fureur qui dépassait l’entendement.
Il
s’approchait d’elle tout en parlant, et lui caressait la joue maintenant, à la
manière d’un amant. Ses ongles étaient d’une longueur impressionnante. Son long
manteau dégageait un mélange d’odeurs de bière et de terre. Elle repéra
quelques marques qui lui rappelèrent du sang séché…
- Ce
ne sera pas long. Tu souffriras, mais tu t’en rappelleras à peine…
Une
douleur aiguë lui tirailla la joue, et une langue râpeuse lui lécha le sang qui
coulait. Un grognement de satisfaction se fit entendre, puis se fut comme si
elle se faisait transpercer le ventre…
« Flash
spécial : nous venons d’apprendre du bureau de renseignement de Manhattan
la disparition du médecin légiste Sandra Becket. Elle s’était illustrée grâce à
sa précieuse collaboration sur certaines enquêtes difficiles et résolues avec
succès. Elle était attendue à vingt heures… »
